
Nous avons rapidement entendu parler, il y a quelques jours dans les
médias, qu'un salarié de 51 ans s'est suicidé. Il laissa une lettre adressée à sa famille dont voici quelques extraits:
«Je me suicide à cause de mon travail à France Télécom. C'est la seule cause». Il évoque notamment l'«urgence permanente», la «surcharge de travail», l'«absence de formation», la «désorganisation
totale de l'entreprise» et le «management par la terreur».«Cela m'a totalement désorganisé et perturbé. Je suis devenu une épave, il vaut mieux en finir».
6 suicides en 2 mois «Qui osera dire maintenant que cette trop longue liste noire n’est pas le résultat d’une situation dramatique dans l’entreprise? Qui pourra justifier le silence assourdissant
d’une direction dont le seul objectif est de minimiser, de banaliser, de cacher ce mal-être, cette souffrance au travail ?», interroge dans un communiqué l'observatoire du stress et des mobilités
forcées à France Télécom, organisme créé par la CFE-CGC et Sud-PTT.
La direction, elle, ne souhaite pas commenter la lettre.
Hélas il n'existe aucun chiffre officiel sur le nombre de suicide liée aux pressions subis au travail. Nous pouvons cependant trouver des bribes d'informations sur le net:
On recense 18 suicides et 10 tentatives depuis février 2008 chez France Télécom. Cette entreprise emploie 102.254 salariés, dont 70% de fonctionnaires. Un plan de restructuration s'est
traduit par plus de 22.000
«départs volontaires» entre 2005 et 2008. Les syndicats dénoncent "les pressions" quotidienne qui ont conduit à ces départs.
Cela veut dire que la stigmatisation des fonctionnaires est infondé. Bien nombre d'entre eux subissent les même pressions que dans des entreprises privées et ne
sont à l'abri d'aucun plan de restructuration. Selon le cabinet d'études et de conseil Dataxis, spécialiste de la convergence fixe-mobile et des marchés résidentiels «triple play »
(téléphonie, Internet, TV), France Télécom est devenu le deuxième acteur mondial de l'ADSLàla fin du premier semestre 2005. Ainsi la logique même de service public n'existe plus dans cette
entreprise et est remplacé par la logique du profit absolu. D'ailleurs cela fait bien longtemps que le droit pour tous à la communication, qui est une nécessité dans le monde
d'aujourd'hui, n'existe plus. Il est devenu une marchandise et une manne financière comme une autre depuis l'ouverture des capitaux boursiers de France Télécom.
5 sucide à l'usine PSA à Mulhouse, un autre chez Michelin dans le Puy-e-Dôme sur son lieu de Travail... Comment peut-on en arrivé là ? Comment doit-on réagir en
constatant l'augmentation des suicides liés au travail ? Regardons de plus prêt les conditions de ce dernier.
Les 35 heures sont inexistantes dans de nombreux secteurs et entreprises. Elles n'ont pas été mise en place pour réduire le temps de travail, mais pour concentré sa quantité en moins de temps.
Sinon pourquoi aurait-elle était si souple dans son application ? Cela c'est accentué par la loi du 20 août 2008, qui permet aux entreprises de négocier plus facilement la répartition du temps de
travail. L'Europe, elle, a choisie par une directive de 1993 de fixé la limite du temps de travail à 48 heures par semaine. Mais cela ne donne qu’une image faussée de la réalité, car le texte
autorise les Etats à dépasser cette limite de 48 heures si les travailleurs, consultés individuellement, donnent leur accord. Rappelons nous l'accord qu'avait passé par la CFDT dans une usine
de Michelin. Ce syndicat avait cédé au chantage de l'entreprise qui proposait ou les licenciements ou l'augmentation du temps de travail. Aujourd'hui la déception est grande puisque les
licenciements sont programmé sous prétexte de crise, malgré les bénéfices et malgré l'accord sur l'augmentation du temps de travail.
Ajoutons à ce temps passé au travail, qui diminue le temps de vie personnelle, son poids physique et moral. Les problèmes de santé physique liés, par exemple, au travail à
la chaîne, à la maçonnerie ou encore aux travaux agricoles sont connus par la population. Cependant rien n'est fait pour améliorer le quotidien de ces travailleurs. Quant aux problèmes
psychologiques, les professionnels de la médecine du travail ne s'en soucis que depuis peu. Pourtant les causes son nombreuses et ne date pas d'aujourd'hui: absence
de possibilité d'évolution ou de valorisation de l'individu, interdiction même de parler ou d'aller aux toilettes en dehors des pauses minutées, harcèlements sexuels... Et ce n'est
qu'un échantillon des nombreuses causes de stress ou de dépressions.
Allons plus loin. Regardons les outils de directions. Les méthodes de "management par la terreur" sont nombreuses et appris dans les écoles. L'une d'elle est de donner un ordre suivie un
peu plus tard par un contre. Par la suite la direction reprochera l'inefficacité du travail fourni et l'incapacité de l'employé à s'adapter à la situation. L'employé se trouve tour à tour
déboussolé et ne sait plus quoi faire ni quoi penser. Sa psychologie s'en trouve attaquée et affaiblie. Si bien qu'il ne peut plus rien dire ni critiqué sans peur de réprimande. La direction
obtient ainsi une personne soumise qui ne rechignera jamais sur ses conditions de travails ou sur ses horaires.
Une autre méthode, qui complète souvent la première, est de faire comprendre à l'employé qu'il n'est pas irremplaçable. Facile lorsque les médias rabâchent "un chômage record", "des effets de
crise désastreux", etc. Encore plus facile lorsque l'employé approche la cinquantaine, la peur de l'inactivité est d'une efficacité redoutable sur cette tranche de la population.
Quoi d'étonnant de voir ces méthodes en application lorsque les dirigeants économiques: les actionnaires, considèrent les employés comme un "coût financier". Une dépence qu'il faut alléger pour
augmenter les dividendes. Si l'entreprise n'est pas "rentable", on licensie pour "redresser la barre". Si l'entreprise est rentable, on fait de même pour quelle le soit encore plus. Mais rentable
ou pas rentable pour qui ?
Il n'y a cependant aucun chiffre nationaux sur le nombre de suicide liés au travail et très peu sur la dépression. Y aurait-il des choses à cacher ? Bien entendu puisque la logique de gestion
du personnel des grandes entreprises ne marche que sur les rapports de force.
Alors comment l'employer peut-il résister avec un tel poids ? D'autant que les chômeurssont stigmatisés par les mesures gouvernementales successives, comme étant des profiteurs qui
ne vivent qu'aux crochets de la société. Pourtant Christine Lagarde reconnaît que les abus ne concernent que moins de 1% des chômeurs. Mais sa réforme qui favorise la radiation pour soit
disant "limiter les fraudes" complique la vie de tous les chômeurs. Sachons au passage que des études tendent à prouver qu'à chaque fois que le taux de chômage augmente de 1 %, on
constate une hausse des suicides de 4 à 5 %.
Mais regardons la valeur du travail dans notre société. Qui mettez ce mot dans la devise de la France avec la famille et la patrie ? Qui a fait du 1er Mai la fête du travail alors que ce jour
représentait la lutte sociale et syndicale ? Le Maréchal Pétain bien sur, j'espère que vous l'avez deviné. D'ailleursl'origine du mot "travail" est issue d'un instrument de torture.
Étonnant, non?
Si aujourd'hui des travailleurs préfères le suicide au chômage ou à la pression insupportable de leur travail ,c'est que la société toute entière ne leur donne aucune lueur d'espoir. La valeur du
travail est glorifié. Car nous travaillons aujourd'hui pour consommer. La consommation nous est d'ailleurs imposé comme seule vision pour accéder au bonheur. La Jet-set et la télé
réalité nous inonde de fausses vérités comme quoi la luxure serait le seul moyen d'accéder au bonheur. Or le niveau de vie de la majorité d'entre nous, prouve que nous ne travaillons que pour
vivre décemment ou plutôt pour survivre.
Par conséquent le travail est la seule voie possible à l'existence. Pas de passions, pas de temps libre, si ce n'est la télé ou l'achat de produit pour paraître bien en société (la
musique à la mode, les bons vêtements...). Où est donc le bonheur dans tout cela ? Devons-nous rêver d'être aussi égoïste que la bourgeoisie, aussi égocentrique qu'un jet seteur ou aussi insensible
qu'un actionnaire ? Aisse ça le bonheur ? Et c'est ainsi que le dogme de la consommation entraîne certains foyers au sur-endettement, pour une voiture plus belle ou un plus grand écran plat. Le
bonheur est-il pour autant au rendez-vous ? Le travail sans condition n'est-il pas dans ces cas là, plus facile à obtenir par le patronat ? Décidément, non, le travail dans une telle société
n'est pas source de bonheur. Il n'est qu'un élément incontournable à la survie et à l'aliénation.
Quant au fait de participer dans la société, le travail paraît être la seule solution. La citoyenneté et le militantisme sont pourtant les meilleurs moyens pour faire
évoluer dans la société. Mais ces engagements sont ridiculisés et mis à l'écart par les médias et les politiques
(voir l'article Mégalomanie contre démocratie: le
défi, ou encore le livre écrit pour l'Acrimed: Médias et mobilisations sociales La morgue et le mépris, aux Éditions Syllepse). Le syndicalisme n'échappe pas à la stigmatisation,
car il nous permet de résister face aux pressions patronales. Résister, tous ensemble, il le faut même si ce n'est pas facile. Hélas l'isolement et le manque d'unité pousse même
des syndicalistes à l'irréparable.
Le 24 Mars 2009, un délégué syndical de l'usine de porcelaine Deshoulières SA à Chauvigny, dans la Vienne, s'est donné la mort. Les enquêteurs ont trouvé la photocopie d'une lettre écrite par la
victime sur le bureau du local syndical de l'entreprise. Dans cette lettre, Philippe Widdershoven a expliqué son geste par la pression professionnelle trop importante.
Le travail et la consommation, nous cloisonnedu reste de l'humanité et rare sont les personnes qui n'en souffre pas. Hélas avec les actes du gouvernement et de
l'Europe ultra-libérale, nous avons de quoi avoir peur que les dépressions et les suicides ne soient que trop banal dans le milieu du travail.