UNITE POPULAIRE
" L'histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l'invincible espoir. "
Jean Jaurès
Roger Mucchielli définissait le délinquant comme un être dépourvu d’horizon temporel. Il disait encore qu’il y a dans la délinquance un phénomène de réification.
L’absence d’horizon temporel, c’est vivre dans l’instant, sans se préoccuper du lendemain. En gros : advienne que voudra. Tant pis pour les générations à venir. Et c’est bien ainsi que fonctionne notre société : dans l’irresponsabilité à l’égard de demain. C’est ainsi que la planète se trouve en situation délicate. La planète ? Plutôt l’humanité. Car la planète se remettra des déboires que nous lui faisons subir quand l’humanité, elle, aura disparue. Il est vrai que la main invisible du marché, toujours elle, régule à la place de l’homme. Mais, elle régule quoi ?
La réification est un terme qui peut-être remplacé par chosification. C’est quoi la chosification ? C’est lorsque les individus ne sont plus considérés comme des êtres humains
mais comme des choses. Dès lors, on n’est pas plus attentif à eux qu’on le serait pour un vulgaire objet. Encore que beaucoup accordent à certains objets (la voiture,…), plus d’attention qu’ils
n’en accordent à leurs semblables. Les êtres humains chosifiés, pourquoi alors s’étonner que le Congrès de la FAO tenue à Rome n’ait pas eu les faveurs des grands de ce monde et qu’aucun du G20
(hormis l’histrion Berlusconi) n’ait pris la peine de s’y rendre. C’est logique : les personnes qui meurent de faim dans le monde (une chaque 4 secondes) si elles sont des choses ne méritent
pas qu’on s’attarde sur leur sort qui pourrait être résolu par l’apport de 40 milliards de dollars (700 milliards ont été distribués aux banques lors de la crise).
Le sociologue Mendras ajoutait qu’une société est basée sur la confiance. La question est : peut-on faire confiance à une société dépourvue d’horizon temporel et qui réifie l’humain ? Plus exactement la question est : peut-on faire confiance en des dirigeants qui mettent en œuvre une société réifiée et sans horizon temporel ? A l’évidence : non. Quand l’objet de la politique est le développement d’un type d’économie qui ne se préoccupe pas de l’avenir mais uniquement du profit immédiat de quelques uns au détriment des autres (qui constituent le grand nombre) il nous revient à tous de nous ré-emparer du fait politique sous peine de perdre à jamais l’exercice de notre citoyenneté et notre droit à la dénonciation.
Il est vrai que les choses doivent être rentables selon les tenant du libéralisme. Rentables pour qui ? Rentables pour quoi ? Et si ces choses, ces êtres humains, qui meurent de faim,
sont jetées au chômage, c’est bien parce qu’elles ne sont pas rentables et qu’elles sont en pareille situation.
C’est vrai, on parle beaucoup d’une société solidaire. Il faut bien constater que l’usage de l’expression ne crée pas plus de solidarité que le beurre tient en broche, cependant témoigne de
l’absence de solidarité.
Article de Daniel Razzo, militant PG